Une initiative de résistants : Le Service Central des Déportés Israélites (SCDI)

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© Archives Institut Pasteur- Nouvelle lettre du SCDI à Elie Wollman

Confronté à la complexité des rapatriements, le Ministère des Prisonniers, Déportés et réfugiés va mettre un certain temps à mesurer l’ampleur de l’extermination des Juifs et les problèmes posés par le retour des rescapés. Des résistants juifs libérés de Drancy et évadés du dernier train, lancent l’alerte et mettent en place le Service d’Evacuation et de Regroupement (SER), qui deviendra le SCDI.

Membre de l’Organisation Juive de Combat (OJC), André Amar a été arrêté en juillet 1944 avec une vingtaine de camarades dont Jacques Lazarus, César Chimay. Torturés par la Gestapo du 180 de la rue de la Pompe, internés à Drancy, déportés le 17 août, ils réussissent à s’évader avant la frontière. A pied ils arrivent à Paris le jour de sa Libération.

En novembre 1944, avec son épouse Jacqueline Mesnil-Amar et Arnold Mandel, ils fondent le Service Central des Déportés Israélites doté d’un petit fascicule, dont l’objectif est de publier chaque mois toutes les informations recueillies sur les déportés afin de préparer le retour des « absents ». Soupçonnant la catastrophe, ils préparent un lieu d’accueil pour les déportés juifs dans les locaux de la banque Amar, à Paris, qui avait été « aryanisée » par le gouvernement de Vichy.

Jacqueline Mesnil-Amar

© Jacqueline Mesnil-Amar, Collection Sylvie Jessua-Amar

« Appel aux hommes libres. Notre tâche n’est pas finie.

Votre devoir n’est pas fini. La solidarité d’hier est toujours nécessaire. Il vous appartient de recueillir ceux qui émergent du néant. Vous devez essayer maintenant de les ramener à la vie. Nous demandons à chacun, quel qu’il soit, Juif ou non, riche ou pauvre, de persévérer dans la grande œuvre de solidarité des hommes. Si vous avez une chambre, un lit, une place à votre table, recueillez chez vous pendant deux ou trois semaines un déporté qui vient de rentrer, qui n’a pas de foyer, qui risque d’aller à la dérive. Songez que vous auriez pu être ce déporté. » Bulletin du SCDI 15 avril 1945.

Dès la mis en place du Lutetia, l’équipe du SCDI s’y rend régulièrement pour aider les déportés dans leurs démarches, les secourir, et répondre aux demandes de recherche des familles à partir des fichiers récupérés à Drancy par Annette Monod, assistante sociale dans plusieurs camps.

Une réflexion juridique est également menée sur ce que « Les déportés qui rentrent doivent obtenir ». Une allocation, des repas substantiels, un logement, des soins médicaux, des vêtements, des maisons de repos, un pécule servant de fonds de démarrage, et les démarches à mener pour récupérer leurs biens, spoliés ou vendus par les administrateurs provisoires dans le cadre de l’« aryanisation » de la France de Vichy.

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© Archives Institut Pasteur Lettre à Elie Wollman qui recherchait ses parents, déportés le 17 décembre 1943.

Emissions de radio :

A partir de juillet, le SCDI réalise tous les quinze jours des émissions radiophoniques auprès de éditeurs de la Radiodiffusion française animées par le poète et résistant David Knout et mis par onde par Arno Charles Brun et Soubeyran.

« C’est un message douloureux, non un cri, une plainte bouleversante, non un gémissement, une constatation des faits, non une suite de lamentations. C’est là, en quelques minutes, présenté de façons diverses – car il y a tant de diversités dans l’horreur- tout le drame des déportés. » Terre retrouvée, in Bulletin du SCDI n°10, 15 août 1945.

Mais comme le dira Sylvie Amar, la fille de Jacqueline et André, le SCDI devra fermer le centre « faute de revenants ».

Marie-Josèphe Bonnet

 

 

Une réflexion au sujet de « Une initiative de résistants : Le Service Central des Déportés Israélites (SCDI) »

  1. Dachs -Zylberman

    Je suis revenue de Bergen Belsen vers la mi -mai 1945, et j’aurais aimé savoir s’il existe un fichier, des documents, des listes. J’avais 6 ans et ma soeur quatre ans, nous étions avec notre mère Madame Pépi ou Pésia Dachs. Je ne me souviens de rien, peut être d’une visite médicale, je ne sais pas combien de temps nous sommes restées avant de repartir pour Toulouse d’où nous avions été déportées.
    Existe-t-il des archives de l’arrivée des déportées, si oui , où sont-elles stockées ?
    Je vous remercie par avance de votre réponse,
    Evelyne Dachs-Zylberman

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